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Doisneau au gouffre de Padirac est le livre tiré de l’exposition de photos qui eut lieu en juin 2019 au gouffre de Padirac. J’ai eu le plaisir de me voir proposer de l’accompagner d’un inédit qui me donna l’occasion de revenir sur des terres, des paysages et une histoire familiale dont je ne parle pas d’ordinaire, et qui me constitue pourtant, tout cela en compagnie des portraits du maître et du souvenir d’Édouard-Alfred Martel, contemporain de Verne et de ses Lidenbrock voyageant au centre de la terre…

Nul doute que Thomas B. Reverdy, l’homme des mondes oubliés, est à son affaire pour nous parler du gouffre de Padirac, de Doisneau et de… son arrière-grand-mère, « la Maria », née au xixe siècle dans un village de Dordogne. Mais l’éternel rêveur, fan de Phileas Fogg et d’Axel, revendique aussi d’autres filiations. Comme celle avec Edouard-Alfred Martel (1859-1938), le père de la spéléologie naissante et découvreur de l’immense cavité de Padirac (Lot).

Marianne Payot

L'Express

Mon arrière grand-mère ayant atteint un âge canonique, elle est la seule de mes aïeux que j’aie réellement connue. Elle était née au dix-neuvième siècle, quelques années avant que Martel découvrît le gouffre de Padirac et sa rivière, bien avant que Nadar fît le portrait du grand homme encore jeune, en tant que père de la spéléologie naissante, aventurier, médaillé de l’Académie des sciences, mais quelques années après que le même Nadar avait tiré, en 1878, celui de son ami Verne qui avait alors cinquante ans, la barbe fournie, les cheveux blancs en broussaille, le nez droit, les yeux rieurs, la paupière qui s’incline et les pattes d’oie qui frisent, la bouche dissimulée sous une moustache épaisse et qui sourit peut-être, une bonne tête ce Jules Verne, grand romancier de l’imaginaire et un des pères, sûrement, des aventuriers comme Martel – celui-ci avait cinq ans lorsque fut publié le Voyage au centre de la terre dans la collection de Hetzel qui devait édifier les enfants et leur donner le goût des sciences naissantes, de la découverte du monde, des civilisations lointaines et des secrets de la nature. Elle était née à cette époque, mon arrière-grand-mère, dans un village de Dordogne qui n’a pas tant changé que ça, en dépit de tous les progrès, et je trouvais normal, quant à moi, alors que je n’étais qu’un enfant et que nous allions la voir en famille, chez elle, dans la maison qui est devenue la mienne depuis, cette maison où je la revois toujours assise dans les fauteuils et devant les tapisseries, les papiers-peints qui meublaient alors la demeure, au coin de la cuisine, devant la fenêtre – qui doit être la meilleure place puisque c’est celle que j’ai adoptée à mon tour, et dans le même genre de fauteuil en osier des Trois Cerisiers, je trouvais familière au moins cette proximité avec le dix-neuvième siècle : elle était si vieille mon arrière-grand-mère et c’était, après tout, seulement « le siècle dernier ».

Thomas B. Reverdy

"Là où rêvent les pierres", extrait

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